Pourquoi ce mini-blog ?

La rapidité des évolutions de l'intelligence artificielle a pris de court beaucoup d'entre nous, et si les implications de cette technologie au sein de la société au sens large comme dans les champs de la création restent encore incertaines et mouvantes, il ne fait plus guère de doute qu'elles seront aussi massives qu'en partie imprévisibles. Face à ces bouleversements en cours et à venir, la tentation d'un rejet en bloc, d'un repli rassurant sur ce que nous connaissons déjà, risque de se révéler aussi stérile qu'elle peut-être séduisante. Il est pourtant nécessaire aujourd'hui (à l'échelon individuel autant que collectif) de réfléchir sérieusement à ce que nous voulons à tout prix préserver de notre monde commun, afin que celui-ci ne devienne pas simplement, un jour prochain, “le monde d'avant” balayé jusqu'à ses fondations par une nouvelle révolution industrielle; il est donc important de prendre pleinement au sérieux le défi que représente l'IA. Fermer les yeux sur le caractère révolutionnaire de l'IA, se réfugier derrière l'image du “perroquet stochastique” pour revendiquer la spécificité et l'irremplaçabilité (peut-être aujourd'hui illusoires) du travail cognitif humain, attendre un effondrement ou une stagnation (de moins en moins probables) des modèles — ce sont là des attitudes bien compréhensibles, et même pour une part légitimes, mais qui nous exposent à nous laisser surprendre, peu ou mal préparés, par ce qui vient. L'attachement à l'humain, à la préservation et à la transmission de notre héritage culturel et artistique, à la continuation et au renouvellement des formes créatives, rend à mes yeux d'autant plus nécessaire une prise en compte réfléchie, mesurée et sérieuse de l'intelligence artificielle, ancrée dans les réalités sociales les plus concrètes comme dans des considérations anthropologiques et philosophiques plus abstraites.

Or le débat public actuel autour de ces questions me frappe par sa pauvreté et son manque d'ambition.